Les rebelles soutenus par le Rwanda s’emparent de vastes étendues du territoire de la République Démocratique du Congo. Leur progression est rapide et stupéfiante. Pourquoi les rebelles, connus sous le nom de M23, s’emparent-ils de certaines parties de l’est du Congo ? Selon eux, ils protègent les Tutsis, le groupe minoritaire massacré lors du génocide de 1994, dont certains vivent également au Congo. Mais certains experts affirment que les raisons sont bien plus complexes. Dans l’article d’aujourd’hui, nous essayerons d’analyser les enjeux et l’avancée des rebelles ; et surtout pourquoi ils pourraient être difficiles à arrêter.
En seulement un mois, des rebelles, connus sous le nom de M23 ont mis en déroute plusieurs fois l’armée congolaise, sous-équipée et provoqué la fuite de plus d’un demi-million de personnes causant une crise humanitaire sans précédent. Vers la fin du mois de janvier, ils ont pris Goma, une grande ville congolaise située à la frontière rwandaise. Cette dernière a été déjà exposé à une telle situation, une décennie plus tôt, en 2012. Les habitants sont coincés dans leurs maisons depuis bientôt un mois, sans disposer d’électricité ni d’eau courante. Des bruits de tirs et d’explosions se font entendre autour d’eux. Certains résidents ont hébergé des familles qui ont quitté des camps et des villages à l’extérieur de la ville, mais plusieurs de ces déplacés sont arrivés à Goma sans avoir de contacts sur place.
Pourquoi les rebelles du M23 s’engagent-ils dans cette initiative ? Selon leurs déclarations, ils protègent les Tutsis, une minorité victime du génocide de 1994, dont certains membres résident également en République Démocratique du Congo. Toutefois, des experts estiment que la véritable motivation réside dans l’accès aux minéraux rares présents au Congo, essentiels à la fabrication de téléphones et autres appareils électroniques. Les opérations minières du Congo sont une source de revenus pour les rebelles et particulièrement pour leurs soutiens au Rwanda. Cette situation suscite l’intérêt des États-Unis et de la Chine, qui cherchent à sécuriser l’approvisionnement en ces ressources, tandis que les actions des rebelles pourraient compliquer cet accès.
Faisons une rapide mise en contexte. En 1994, le Rwanda a été le théâtre d’un génocide tragique où environ 800 000 Tutsis et Hutus modérés ont été brutalement assassinés par des extrémistes Hutus. Après le renversement des extrémistes suite à une révolte, de nombreux responsables du génocide ont fui au Congo. Le Rwanda a affirmé que ces fugitifs ont continué à mener des attaques à partir du territoire congolais, posant des problèmes de sécurité persistants pour le pays. Cependant, il est important de noter que ces attaques ont cessé depuis plusieurs décennies, apportant une certaine stabilité dans la région. Le Congo de son côté regorge de minéraux essentiels pour la fabrication de nos appareils électroniques, notamment le cuivre et le cobalt. Ces ressources font l’objet d’une intense concurrence internationale, Washington et Pékin se disputant l’accès à ces minéraux stratégiques. Par exemple Elon Musk, le PDG de Tesla, obtient une grande partie du cobalt nécessaire aux batteries de ses véhicules électriques d’une mine congolaise, malgré les controverses entourant les conditions de travail et les droits de l’homme dans ces mines. En effet, les groupes rebelles rwandais ont pris le contrôle de ces territoires riches en minéraux rares. D’ailleurs, ça date depuis plusieurs années, comme le confirment diverses études. Récemment, les experts des Nations Unies ont indiqué que ces groupes génèrent environ 800 000 dollars par mois grâce à l’exploitation de mines contenant du coltan, un minerai essentiel dans la fabrication de smartphones.
Selon quelques observateurs, un conflit régional plus large pourrait se développer. Les Nations Unies rapportent d’une part que jusqu’à 4 000 soldats rwandais soutiennent le M23 au Congo, bien que le Rwanda nie cette allégation. Le Burundi de son côté a envoyé environ 2 000 soldats pour défendre Goma contre les rebelles. L’Afrique du Sud a déployé des troupes pour combattre aux côtés de l’armée congolaise dans le cadre d’une force de l’ONU. Au début des années 2000, la région des Grands Lacs en Afrique a été le théâtre d’une guerre régionale de cinq ans impliquant plusieurs pays et ayant causé des millions de morts. Le conflit actuel semble également susceptible de s’étendre au-delà de l’est du Congo. Par ailleurs, quelques dirigeants africains ont récemment tenté de résoudre la situation. Le président du Kenya a invité les présidents congolais et rwandais à des pourparlers la fin du mois de janvier, mais le président du Congo ne s’est pas présenté. En décembre, le président de l’Angola devait organiser des pourparlers de paix, mais le président du Rwanda s’est retiré à la dernière minute.
Quelles perspectives pour l’avenir et quel rôle pourrait jouer l’international dans ce conflit ? Certains pays occidentaux ont condamné le Rwanda pour son soutien au M23. La France, la semaine dernière avait demandé au Rwanda de retirer ses troupes du Congo. Le nouveau secrétaire d’État américain, Marco Rubio, a exprimé ses préoccupations sur la violence lors de discussions avec les présidents congolais et rwandais. Si en 2013, après une menace de sanctions, le Rwanda avait cessé son soutien aux rebelles du M23, permettant leur défaite par les forces congolaises et onusiennes ; cette fois-ci, il est incertain jusqu’où iront les grandes puissances ou si les déclarations diplomatiques auront un impact. Le Rwanda, qui dépend beaucoup de l’aide internationale, s’efforce d’être utile sur la scène mondiale, fournissant des soldats de la paix de l’ONU, accueillant des demandeurs d’asile refusés par l’Europe, et envoyant des troupes au Mozambique. Il utilise l’aide étrangère pour stimuler une croissance économique impressionnante, ce qui lui vaut la faveur des donateurs.













