Chaque 11 octobre, la Journée internationale de la fille rappelle au monde les inégalités persistantes qui freinent l’épanouissement des jeunes filles. Instituée par les Nations Unies en 2011, elle vise à promouvoir leur droit à l’éducation, à la santé, à la sécurité et à la participation publique. C’est aussi un appel mondial à la mobilisation pour garantir à chaque fille un avenir libre et égal.
Placée sous le thème « Ces filles libérées des unions précoces », l’édition 2025 résonne fortement dans un pays où les mariages précoces continuent de priver des milliers de filles de leur enfance. En Haïti, malgré l’interdiction légale, ces pratiques restent alimentées par la pauvreté, les traditions sociales et la fragilité des institutions.
C’est dans cette optique que la Jeunesse Engagée pour la Renaissance d’Haïti (JERH), en partenariat avec Plan International Haïti et le Gouvernement Jeunesse d’Haïti (GJH), a organisé, le samedi 11 octobre 2025, un atelier de réflexion au restaurant La Réserve, à Pétion-Ville. L’activité, axée sur le thème « Plaidoyer et politiques publiques pour la lutte contre l’union précoce en Haïti », visait à favoriser la compréhension, le dialogue et la formulation de propositions concrètes autour de cette problématique.
Un phénomène enraciné dans la pauvreté et les normes sociales
L’union précoce en Haïti s’inscrit dans un ensemble de facteurs complexes : pauvreté extrême, manque d’accès à l’éducation, pressions familiales et normes patriarcales. Dans certaines zones, ces mariages sont perçus comme un moyen de survie ou de protection face à l’insécurité. À cela s’ajoutent les déplacements forcés et les violences basées sur le genre, qui aggravent la vulnérabilité des adolescentes.
L’atelier du 11 octobre a réuni plusieurs dizaines de participantes venues de divers quartiers de la zone métropolitaine, ainsi que des militantes, des représentants institutionnels et des acteurs engagés dans la défense des droits des filles.
Dans son intervention, Stéphanie Sophie Louis, Présidente au du programme Gouvernement Jeunesse d’Haïti et Coordonnatrice générale de la JERH, a rappelé la dimension humaine du drame :
« Le contexte actuel ne se résume pas à la perte de territoires. Il s’agit aussi de corps perdus, de vies de jeunes filles effacées dans la violence et l’indifférence. »
Données alarmantes et engagement renouvelé
Les interventions de Plan International Haïti et du GJH ont mis en avant des chiffres révélateurs : selon le Partenariat mondial des filles à épouser, plus de 15 % des filles haïtiennes sont mariées ou en union avant 18 ans, et 2 % avant 15 ans. À l’échelle mondiale, l’UNICEF estime à 650 millions le nombre de femmes mariées dans leur enfance.
Cette réalité s’aggrave dans un contexte où la violence, la faim et les déplacements forcés touchent une grande partie du pays. Le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) rappelait récemment qu’une adolescente est mariée toutes les trois secondes.
Neyssa Senélier, Jeune Ministre à la Condition Féminine et aux Droits de la Femme au GJH, a souligné :
« La précarité actuelle rend les filles encore plus exposées à la violence et au mariage forcé. Les garçons ne sont pas totalement épargnés, mais les filles restent les premières victimes. »
Elle a réaffirmé l’engagement du GJH à renforcer le plaidoyer et à soutenir les initiatives communautaires pour la protection des mineures.
Des pistes d’action pour un changement durable
Trois intervenantes – deux psychologues et une militante féministe – ont animé les discussions autour des causes, des impacts et des réponses politiques au phénomène. L’atelier, mené dans une ambiance participative, a permis aux jeunes filles d’exprimer leurs expériences et leurs propositions.
Les recommandations finales appellent à un renforcement du cadre juridique, à une mobilisation accrue des communautés et à un soutien institutionnel continu pour les organisations de jeunesse.
En clôturant la rencontre, les organisateurs ont rappelé que la lutte contre les unions précoces ne saurait être dissociée du combat plus large pour l’éducation, la dignité et la sécurité des filles.
L’émancipation féminine, ont-ils souligné, reste un enjeu national majeur et un indicateur clé du développement durable en Haïti.













