L’écrivaine haïtienne Yanick Lahens a remporté, le jeudi 30 octobre 2025, le Grand Prix du Roman de l’Académie française pour son œuvre Passagères de nuit, publiée aux éditions Sabine Wespieser. Cette distinction, dotée de 10 000 euros, a été attribuée à Mme Lahens au troisième tour de scrutin, par 11 voix contre 10 à l’autrice française Pauline Dreyfus.
Le Grand Prix du Roman de l’Académie française, créé en 1914, récompense chaque année l’auteur du roman jugé le meilleur de l’année. Ce prix prestigieux, qui ouvre traditionnellement la saison des distinctions littéraires en France, a déjà couronné des figures majeures telles que Dominique Barbéris (2023), Giuliano da Empoli (2022) et François-Henri Désérable (2021). L’inscription du nom de Yanick Lahens dans ce palmarès marque un moment historique : c’est la première fois qu’une écrivaine haïtienne reçoit cette haute distinction.
« Cette distinction me conforte dans l’idée que la littérature garde le pouvoir de transcender le temps et l’espace, de faire fi des frontières qui nous enferment pour nous faire grandir », a déclaré Yanick Lahens dans son message de remerciement aux membres de l’Académie.
Une voix haïtienne qui résonne dans le monde
Déjà lauréate du Prix Femina 2014 pour Bain de lune, Yanick Lahens poursuit une trajectoire d’excellence. Professeure, conférencière et romancière, elle a consacré sa carrière à la littérature, à la mémoire et à la transmission.
Née à Port-au-Prince le 22 décembre 1953, elle a étudié à la Sorbonne, avant de retourner enseigner la littérature à l’Université d’État d’Haïti.
Engagée sur le plan culturel, elle a collaboré avec l’UNESCO et animé de nombreux programmes de promotion de la lecture. Son œuvre, traversée par les thèmes de la filiation, la condition féminine, la mémoire et la dignité, explore la complexité de la société haïtienne contemporaine.
Une œuvre au cœur de la mémoire collective
Avec Passagères de nuit, Yanick Lahens redonne voix à celles que l’histoire a longtemps effacées : des femmes de la diaspora noire dont les luttes, les blessures et les espérances traversent les siècles. Ce roman, salué pour la force de son écriture et la profondeur de sa réflexion, confirme la capacité de la littérature haïtienne à dialoguer avec le monde sans renoncer à son ancrage identitaire.
Dans ses remerciements, l’écrivaine a rappelé que son roman, écrit « à des milliers de kilomètres de Paris », évoque la Nouvelle-Orléans et Port-au-Prince au XIXᵉ siècle, deux lieux porteurs d’une mémoire partagée. Elle a également souligné son attachement à une humanité commune, portée par « des mots, juste une poignée de lucioles lancée dans la nuit ».
Un symbole pour Haïti et la francophonie
Le succès de Yanick Lahens dépasse la sphère littéraire. Il symbolise une victoire pour Haïti, pour la francophonie, et pour tous ceux qui croient encore à la puissance de la pensée et des mots dans un monde fragilisé par la violence et l’incertitude. Dans un pays meurtri par des crises successives, cette reconnaissance agit comme un rappel : la création demeure un refuge, un espace de résilience et de lumière.














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