Le pays s’approche de la date fatidique du 7 février 2026, échéance à laquelle les conseillers-présidents sont censés quitter le pouvoir, conformément aux termes de l’accord du 3 avril 2024, à l’origine de l’instauration de ce pouvoir intérimaire. Cependant, si du côté du Conseil présidentiel de transition (CPT), les signaux envoyés laissent penser qu’il existe une volonté de se maintenir au pouvoir au-delà de cette date, pour plusieurs secteurs de la vie nationale, le départ de cette structure gouvernementale apparaît comme une nécessité absolue pour le bien-être du pays.
Haïti va mal. La descente aux enfers de ce pays, où il faisait autrefois bon vivre, se poursuit à un rythme effréné. Pire encore, aucun projet concret ne permet aujourd’hui d’entrevoir un avenir meilleur. Le pays se vide de son capital humain.
Lors de son discours prononcé à la Villa d’Accueil, à l’occasion de la célébration des 222 de ans l’indépendance de la République, le 1er janvier 2026, le coordonnateur du CPT, Laurent Saint-Cyr, a reconnu qu’« aujourd’hui, Haïti traverse l’une des périodes les plus difficiles de son histoire ». Il a notamment évoqué la grave crise sécuritaire, la violence des groupes criminels ainsi que la crise humanitaire qui touche plus d’un million de personnes à travers le pays.
Ce constat alarmant n’a toutefois pas empêché, l’ancien député de Cerca-Carvajal, Antoine Rodon Bien-Aimé, d’afficher une position ferme contre le pouvoir intérimaire. En effet, lors de son intervention sur les ondes de Magik 9, ce lundi 5 janvier 2026, l’ancien parlementaire a déclaré qu’il est nécessaire de trouver une solution pour l’après-7 février car, selon lui, les dirigeants actuels doivent partir en raison du fait qu’ils ont failli à leur mission. « La situation s’est empirée. Ils ont fait beaucoup de tort au pays », a-t-il déclaré.
Pour M. Bien-aimé ce n’est pas seulement le CPT qui doit se retirer à la tête du pays. « Le premier ministre actuel doit également quitter ses fonctions », soutient-il. Toutefois, l’ex député n’écarte pas la possibilité que le Chef de la Primature reste provisoirement en poste, en attendant la désignation de son successeur.
À en croire le coordonnateur de l’Entente nationale (ENA), trois propositions plausibles méritent d’être analysées pour remplacer le CPT : le recours à la Cour de cassation, la désignation d’un représentant du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire, ou encore celle d’une personnalité indépendante
Pour Ulysse Jean Chenet, le coordonnateur du Mouvement Point Final, le discours est sensiblement le même en ce qui concerne sa prise de position à l’égard du pouvoir en place. « Nous recommandons la désignation d’une nouvelle équipe de transition qui devra remplacer le CPT au plus tard le 7 février 2026 », a-t-il déclaré au micro de la presse le 2 janvier 2026. Pour le leader du Mouvement Point Final, le 7 février 2026 marque clairement la fin du mandat du CPT, au regard des dispositions de l’accord du 3 avril 2024.
À en croire Ulysse Jean Chenet, un point demeure non négociable : « Nous exigeons l’arrestation des neuf membres du CPT pour crimes financiers et écologiques commis dans le pays », a-t-il martelé, dénonçant par ailleurs l’irresponsabilité des autorités étatiques avant, pendant et après le passage du cyclone Melissa sur Haïti.
Une course contre la montre
À environ un mois de la fin de son mandat, tout porte à croire que le CPT n’est plus maître de son destin. Les conseillers-présidents n’ont pas réussi à rétablir un climat sécuritaire minimal, condition pourtant essentielle à l’organisation d’élections crédibles dans le pays.
Élections : le Conseil électoral provisoire pose ses exigences
Selon le calendrier électoral publié par le Conseil électoral provisoire (CEP), le premier tour des élections est prévu pour le 30 août 2026, tandis que le second tour devrait se tenir le 6 décembre 2026.
Cependant, dans un document intitulé « Préalables à l’exécution du calendrier électoral 2025-2026 », le CEP précise que certaines dispositions doivent impérativement être prises par l’exécutif afin de rétablir un climat sécuritaire suffisant, condition sine qua non à la tenue du scrutin aux dates annoncées.
Le CEP estime qu’il doit pouvoir accéder à l’ensemble des communes et sections communales du pays et y opérer en toute sécurité durant toute la durée du processus électoral. Il souhaite notamment pouvoir « se déplacer librement et travailler jour et nuit dans les Bureaux électoraux départementaux (BED), les Bureaux électoraux communaux (BEC) ainsi que dans les centres de vote ».
Selon l’institution électorale, 23 communes sont actuellement sous le contrôle de groupes armés, réparties dans les départements de l’Ouest (12), de l’Artibonite (8), du Centre (3) et du Nord-Ouest (1). Dans des zones comme Croix-des-Bouquets, Gressier et Petite-Rivière-de-l’Artibonite, l’État est totalement absent, y compris des institutions telles que la DGI et la PNH. Une situation qui rend impossible, selon le CEP, l’installation et le fonctionnement des BEC ainsi que la mise en place de postes d’inscription.
Le CEP rappelle également que les départements de l’Ouest et de l’Artibonite concentrent à eux seuls 54 % de l’électorat national, et que l’insécurité actuelle a des conséquences majeures sur la logistique électorale.
Enfin, l’institution souligne la nécessité de disposer de ressources financières propres afin de faire face aux activités essentielles et aux imprévus liés à l’exécution du calendrier électoral.
Au regard de tous ces éléments, une question demeure centrale : que se passera-t-il le 7 février 2026, et surtout au lendemain de cette date ?













