Seize ans se sont écoulés depuis le séisme du 12 janvier 2010 en Haïti, l’un des drames les plus meurtriersde l’histoire contemporaine d’Haïti. En seulement 53 secondes, un tremblement de terre de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter a fait plus de 220 000 morts, près de 300 000 blessés et laissé plus d’un million et demi de personnes sans abri, selon Oxfam. Un cataclysme d’une ampleur inédite, censé servir d’électrochoc national. Pourtant, seize ans plus tard, une question pertinente, voire dérangeante, s’impose : qu’avons-nous réellement appris ?
Le 12 janvier 2010 devait marquer un tournant dans la vie sociopolitique et économique du pays. Il devait imposer une nouvelle manière de construire, de gouverner, de prévenir et de protéger, mais surtout de vivre ensemble, en faisant passer les besoins communautaires au premier plan. Or, force est de constater que le pays a préféré l’oubli à la réforme, l’improvisation à la planification, l’individualisme à la solidarité. À part quelques bâtiments publics respectant les normes parasismiques, rien ou presque n’a changé seize ans plus tard. Les maisons continuent d’être construites sans contrôle, sans encadrement technique et sans souci de sécurité. L’État, une fois de plus, brille par son absence. Seize ans après, la population demeure livrée à elle-même.
La prévention, grande absente seize ans après
Par ailleurs, la culture de la prévention reste quasi inexistante. Rares sont les écoles qui enseignent les gestes de survie en cas de séisme. Aucun programme national sérieux de sensibilisation n’a été mis en place pour éduquer la population sur ce phénomène d’origine géologique. Aucun exercice, aucune préparation, aucune anticipation. Comme si le pays faisait le pari dangereux que l’histoire ne se répétera pas. Rappelons que, selon Oxfam, le catacyclisme du 12 janvier 2010 a détruit les habitations de plus d’un million et demi de personnes.
Pendant ce temps, les promesses de reconstruction se sont évaporées. Le plan de reconstruction annoncé par l’État au lendemain du 12 janvier 2010 s’est progressivement enfoncé dans l’oubli. Seize ans plus tard, Haïti demeure aussi vulnérable qu’en 2010, sinon davantage. Et le pire dans l’Haïti d’aujourd’hui, ce ne sont plus seulement les secousses de la terre qui jettent les familles dans des camps de fortune, mais une violence armée incontrôlée, conséquence directe de l’incapacité de l’État à protéger ses citoyens.
Le 12 janvier 2010 n’a pas seulement révélé la fragilité de nos bâtiments ; il a mis à nu celle de nos institutions, de notre gouvernance et de notre mémoire collective. Refuser d’en tirer des leçons, c’est accepter que la prochaine catastrophe, qu’elle soit naturelle ou humaine, produise les mêmes ravages.
Se souvenir ne suffit pas. Commémorer sans agir risque d’être perçu comme une insulte à la mémoire des victimes. Seize ans plus tard, Haïti continue de faire du surplace. L’État persiste dans l’absentéisme. Et tant que les leçons du 12 janvier 2010 resteront lettre morte, le pays demeurera condamné à revivre ses tragédies.













