Sécurité, gouvernance, investissements et agriculture : à l’aube de 2026, l’économie haïtienne évolue dans un contexte d’incertitude persistante. Dans cet entretien accordé à La Ruche, l’économiste Guy Mary Hyppolite analyse les scénarios possibles et identifie les principaux leviers susceptibles d’influer sur la trajectoire économique du pays.
Les perspectives économiques d’Haïti pour l’année 2026 demeurent incertaines et fortement conditionnées, selon l’économiste Guy Mary Hyppolite. Dans une interview accordée au journal La Ruche, le 8 janvier 2026, ce dernier estime que l’économie nationale pourrait connaître une croissance modérée, uniquement dans un scénario marqué par un retour progressif de la sécurité et une meilleure gouvernance publique.
Dans cette hypothèse optimiste, la relance serait portée par la reprise partielle du commerce, le redémarrage de certains secteurs productifs et une augmentation des transferts de la diaspora, qui constituent l’un des principaux leviers de soutien à l’économie haïtienne.
Une année 2025 marquée par une crise économique profonde
L’année 2025 a été particulièrement éprouvante pour l’économie haïtienne. De nombreuses petites et moyennes entreprises (PME) ont cessé leurs activités, aggravant un chômage déjà structurellement élevé. Le pays continue d’évoluer dans un contexte de croissance faible, fragile et peu inclusive, caractérisé par une forte instabilité macroéconomique.
En l’absence de réformes structurelles profondes et d’un environnement sécuritaire stable, Haïti risque de demeurer enfermée dans une dynamique de stagnation économique prolongée, avec une aggravation de la pauvreté et de la précarité sociale, avertit M. Hyppolite. Selon lui, 2026 pourrait être soit une année de transition vers la relance, soit la continuité d’un enlisement économique, en fonction des choix politiques et économiques opérés dès à présent.
https://journallaruche.com/haiti-plus-de-57-millions-de-personnes-en-situation-dinsecurite-alimentaire-aigue-selon-la-cnsa/: Haïti en 2026 : entre stagnation économique et espoir de relance conditionnelleLa sécurité, préalable indispensable à toute relance
Pour amorcer une véritable relance économique, l’économiste plaide pour une approche globale, cohérente et pragmatique des autorités publiques. La priorité absolue reste le rétablissement d’un minimum de sécurité, condition sine qua non au fonctionnement normal de l’économie.
« Sans sécurité, ni les entreprises locales ni les investisseurs ne peuvent opérer durablement », souligne-t-il. Il recommande également un soutien ciblé aux PME, à travers des mécanismes de crédit préférentiels, des allègements fiscaux temporaires et une facilitation de l’accès au financement pour les entrepreneurs affectés par la crise.
Travaux publics et gouvernance économique
La relance économique passe aussi, selon Guy Mary Hyppolite, par des programmes de travaux publics à forte intensité de main-d’œuvre, notamment dans les domaines des routes, de l’assainissement et des infrastructures locales. Ces investissements permettraient de créer rapidement des emplois, tout en stimulant la demande intérieure.
Parallèlement, il insiste sur la nécessité d’une meilleure gouvernance économique, incluant la lutte contre la corruption, la stabilité macroéconomique, le contrôle de l’inflation et une coordination renforcée entre les institutions publiques.
https://journallaruche.com/exode-de-talents-le-secteur-financier-face-a-la-fuite-de-son-capital-humain/: Haïti en 2026 : entre stagnation économique et espoir de relance conditionnelleAttirer les investisseurs : un défi majeur
La création de richesse passe également par l’attraction des investissements, un défi de taille dans le contexte actuel. Pour Guy Mary Hyppolite, cela suppose avant tout la création d’un climat de confiance, fondé sur la sécurité des personnes et des biens, la stabilité juridique, le respect des contrats et la simplification des procédures administratives.
Il préconise aussi la mise en place d’incitations économiques claires, telles que des avantages fiscaux ciblés, des zones économiques spéciales et des partenariats public-privé transparents.
Agriculture et développement régional : des leviers sous-exploités
L’économiste rappelle enfin le rôle central de l’agriculture, pilier fondamental de l’économie haïtienne. Ce secteur emploie une large part de la population, contribue à la sécurité alimentaire, réduit la dépendance aux importations et génère des revenus en milieu rural.
Dans cette logique, l’opérationnalisation de l’aéroport international Antoine-Simon des Cayes pourrait jouer un rôle stratégique dans la relance économique du Grand Sud. Cette infrastructure permettrait de désenclaver une région longtemps marginalisée, de stimuler le tourisme, de faciliter le transport des marchandises, notamment agricoles et artisanales, et de réduire la pression économique sur Port-au-Prince.
Toutefois, M. Hyppolite insiste : pour maximiser son impact, cet aéroport doit s’inscrire dans une vision de développement régional intégrée, incluant la sécurité, les routes, l’énergie et les services publics.
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