La chronique « La vie des mots » du journal La Ruche, présentée par Frantzley Valbrun, fait son grand retour en ligne en consacrant son premier numéro au poète Aterson N-Sainval, surnommé « le buveur de mots ». Ce poète célèbre la beauté des choses sublimes et dépeint les chairs enivrant l’absence, dans les bars de ce Port-au-Prince replié sur lui-même, où les habitants souffrent de profondes carences existentielles.
En plus d’être journaliste, Aterson N-Sainval est un poète qui insuffle vie à l’art et à la littérature dans une ville gangrenée par toutes sortes de violences. Malgré les déchirures sociales, les drames humains et l’incapacité de l’État à répondre efficacement aux fauteurs de troubles, ce poète continue de nourrir son public avec le sang de sa plume. Partout dans les bars de la métropole, il proclame un « non » retentissant à la violence et aux atteintes aux droits humains.
En tant qu’artisan des mots et jongleur d’émotions, Aterson N-Sainval se fait l’ambassadeur de la paix. Il prône l’union et la solidarité au sein des communautés. Poète engagé, il incarne à la fois dans sa poésie et dans sa vie quotidienne l’âme de la dignité humaine. Pour ce natif de Petit-Goâve, la poésie a une mission sociale : rassembler les gens et renforcer leurs liens.
La poésie de Sainval est dominée par des thèmes tels que l’amour, le droit, le partage, l’amitié et la résilience. À travers ses vers, il milite pour une société fraternelle, régie par le sens du combitisme et le bien-être collectif. Ses écrits se distinguent par une poésie combative, parfois teintée d’une folie créative, reflet d’un ordre fictif émanant de l’auteur lui-même.
Ses poèmes, souvent empreints de costumes narratifs, racontent des histoires de moments incompris. Parfois, ils semblent faire pleurer le temps lui-même. Incommensurables et bouleversants.
Aterson N-Sainval partage sa vie entre le journalisme et la littérature. Sa passion pour la poésie le pousse à explorer et à embrasser la vie, la nature et les dimensions spirituelles. Il chérit sa patrie autant que l’humanité. Malgré le chaos qui règne en Haïti, il refuse de se laisser intimider par une peur qui mine l’existence. Il lance son cri d’alerte poétique, dénonçant les mauvaises pratiques et le silence complice d’une société au bord de la disparition.
Au-delà des violences physiques qu’il condamne avec force, il aborde également des questions environnementales cruciales qui menacent la vie en Haïti. Voici un exemple de son œuvre inédite, écrite dans l’atmosphère des bars, en pleine période d’incertitude :
Haïti se débat
Étouffée sous un océan d’ordures,
ses artères asphyxiées par des torrents de déchets qui déferlent sans pitié.
Les plastiques, en une marée vorace,
envahissent chaque recoin, chaque souffle d’air, se faufilant dans les entrailles d’une ville qui suffoque.
L’insécurité gronde, un animal sauvage qui rôde, prêt à bondir,
tandis que les ordures, dans un chaos dément, se multiplient, se tordent,
et se mêlent au béton craquelé des rues.
La jeunesse, cette force en ébullition, est piégée dans une danse frénétique,
ses pas empêtrés dans ces maudits plastiques qui s’accrochent à ses chevilles,
la ralentissent, l’étouffent.
Chaque mouvement devient une lutte,
un cri, un refus de céder face à cette marée destructrice.
Mais la ville, envahie par cette folie des déchets, ne pardonne pas.
Les trottoirs deviennent des champs de bataille, où chaque pas résonne
comme un défi lancé à un avenir incertain.
Si les jeunes ne se lèvent pas maintenant,
si leurs cris ne déchirent pas ce voile de négligence,
ces ordures ne feront qu’avaler tout sur leur passage.
Le recyclage ne sera plus qu’un mirage, une farce cruelle,
et les rêves, les espoirs, seront ensevelis sous ces montagnes de détritus,
leur mémoire effacée par le poids écrasant d’une nation qui se laisse dévorer.
Et dans ce tumulte, ce chaos incessant,
Haïti risque de sombrer, sans espoir de retour,
emportée par sa propre tempête de déchets.
Chaque mot de cette œuvre recèle un double sens, comme l’a souligné le grand Maximilien Laroche dans son texte célèbre « La double représentation de la scène ». Pour comprendre pleinement les « déchets » décrits par Sainval, il faut les replacer dans le contexte socio-politique actuel. Le poète, en dépeignant les faits dans des lieux énigmatiques, s’exprime dans un ton paradoxal sur les dégradations sociétales. Il explore la réalité de son pays à travers une perspective spatio-temporelle qui mérite une lecture attentive.
Prenons l’exemple de cette phrase : « L’insécurité gronde, un animal sauvage qui rôde, prêt à bondir, tandis que les ordures, dans un chaos dément, se multiplient, se tordent, et se mêlent au béton craquelé des rues. » On y perçoit une personnification de l’insécurité, à laquelle le poète confère une posture animale et humaine à la fois. Cette insécurité, qui bondit, prolifère et se mêle au quotidien, accapare la puissance collective d’aimer et de rêver ensemble.
Un autre extrait illustre cette sensibilité : « La jeunesse, cette force en ébullition, est piégée dans une danse frénétique, ses pas empêtrés dans ces maudits plastiques qui s’accrochent à ses chevilles, la ralentissent, l’étouffent. » Une image puissante qui reflète les défis de la jeunesse haïtienne, pris entre les difficultés du quotidien et les entraves symboliques de la société.
Présentation de l’auteur
Aterson N-Sainval, connu sous le pseudonyme Dade, tire ce surnom de sa mère, décédée trop tôt. Après avoir obtenu son baccalauréat, il a étudié le journalisme à l’Institut de Formation en Communication Française (IFOCOF) et le droit à l’Université d’État d’Haïti (UEH). Il a également suivi des formations en entrepreneuriat et en photographie. Avec le temps, il a établi un lien entre écriture et performance, notamment dans les milieux scolaires, ce qui l’a conduit à devenir un passionné de la scène. Il y dénonce les abus et redonne le sourire à son public.
En 2022, il a publié un recueil de poèmes intitulé Pages noires de vers imprécis aux éditions Pulucia. Cet ouvrage exprime un profond sentiment patriotique et traduit, dans un langage poétique, la foi du poète en la dignité humaine, la bonté, le partage et le progrès, notamment celui du peuple haïtien.













