Très chers lecteurs,
Entre les tourments d’un pays à genoux et les frissons d’une grippe tenace, je me suis sentie égarée cette semaine. Je cherchais les mots justes, puis j’ai entendu la voix d’un homme à la radio. Il parlait, troublé, d’une femme avec cinq enfants de cinq pères différents. Son indignation m’a frappée, non par sa force, mais par son injustice.
Toujours, c’est la femme que l’on juge. Toujours, c’est son ventre que l’on pointe du doigt, comme si la vie qu’il porte était une faute, comme si elle avait enfanté seule. Pourtant, un enfant ne se conçoit pas dans la solitude. Il faut deux corps, deux cœurs, deux âmes. Mais quand vient l’heure de nourrir, d’élever, de veiller, il n’en reste souvent qu’une. L’autre, lui, s’évapore.
Messieurs, avant de juger ces femmes qui élèvent seules ce que vous avez semé à deux, demandez-vous où sont les pères. Ceux qui avaient promis le ciel et la mer, et qui ont fui au premier battement de cils d’un enfant à naître. Ceux qui s’envolent au simple murmure de « Je suis enceinte », laissant derrière eux une femme avec un ventre arrondi et un avenir qui se rétrécit.
Avoir des enfants de pères différents n’est pas un crime. Ce n’est pas un choix, c’est souvent une conséquence. La conséquence d’avoir cru aux serments d’hommes qui n’ont pas tenu parole. La conséquence d’un amour sincère brisé par une lâcheté immense. La conséquence d’un monde où les femmes, pour survivre, doivent parfois croire à une nouvelle promesse, parce que l’alternative est la misère, parce que les bras sont vides, parce que le foyer est froid.
Et pourtant, ce ne sont pas ces hommes que l’on blâme. Ce sont elles.
Les abandonneurs s’en sortent avec un haussement d’épaules, et les abandonnées, elles, deviennent des paraboles de honte.
Messieurs, à vous qui commentez, qui critiquez, qui méprisez : sachez que si tant d’enfants grandissent sans père, c’est parce qu’il y a trop d’hommes qui fuient. Si tant de mères élèvent seules, c’est parce qu’il y a trop d’hommes qui refusent d’assumer. Ne jugez pas celles qui ont porté, nourri et veillé. Regardez plutôt ceux qui ont abandonné.
Mes sœurs, mes reines, mes mères, ne portez pas une culpabilité qui ne vous appartient pas. Vous avez aimé, cru, espéré. Ce n’est pas un crime. La seule faute revient à ceux qui sont partis. Vous êtes des guerrières du quotidien, des bâtisseuses d’avenir. Nul ne peut vous enlever cela.
Messieurs, soyez présents. Soyez pères. Aimez vos enfants comme vous avez aimé leurs mères. Épargnez-leur les nuits blanches de faim et de solitude. Épargnez à ces femmes l’angoisse des fins de mois impossibles. Avant de juger, mettez-vous à leur place. Avant de parler, écoutez-les.
Et si vous ne pouvez offrir ni amour, ni protection, alors au moins, offrez votre silence. Car ces femmes ont déjà bien assez à porter sans y ajouter le poids de votre mépris.













