En décembre 2025, l’inflation mensuelle en Haïti a légèrement reculé à 0,9 %, contre 1 % en novembre – une baisse de 10 points de base qui confirme la poursuite du processus de désinflation engagé ces derniers mois. Sur un an, le taux est passé de 28,3 % à 25 %, selon la Banque de la République d’Haïti. Si le rythme de la hausse des prix ralentit, le coût de la vie, lui, demeure élevé, porté notamment par le logement et l’alimentation.
Comme l’avait déjà indiqué l’IHSI dans sa note sur l’Indice des prix à la consommation en décembre 2025, la désinflation se confirme, mais elle demeure fragile. La Banque de la République d’Haïti en apporte une nouvelle démonstration : en décembre, l’inflation mensuelle s’est établie à 0,9 %, contre 1 % en novembre, soit une baisse de 10 points de base. Le mouvement n’est pas isolé : sur le trimestre octobre-décembre, l’inflation cumulée s’établit à 3,4 %, contre 9 % sur la même période l’an dernier, et la moyenne mensuelle du premier trimestre fiscal tombe à 0,9 %, contre 3,8 % auparavant. « Le processus désinflationniste observé en novembre 2025 s’est poursuivi à la fin du premier trimestre fiscal 2026, en atteste la décélération de l’IPC en décembre 2025 », note la Banque centrale. La désinflation s’installe, mais le coût de la vie reste sous tension.
La comparaison régionale nuance toutefois l’amélioration. L’inflation moyenne demeure légèrement supérieure à celle de la République dominicaine (0,8 %), partenaire commercial immédiat dont Haïti importe une part importante de ses biens de consommation. Par ailleurs, le ralentissement ne signifie pas baisse des prix. L’inflation sous-jacente – indicateur des pressions structurelles – s’est maintenue à 1 % en rythme mensuel et à 24,1 % en glissement annuel, malgré un recul par rapport à novembre (27 %). Les tensions se modèrent, mais elles restent ancrées dans l’économie.
Le poids déterminant du logement et de l’alimentation
Le ralentissement de l’inflation ne s’est pas diffusé uniformément dans l’économie. Deux postes continuent de structurer la dynamique des prix : les « produits alimentaires et boissons non alcoolisées », ainsi que le « logement, l’eau, le gaz, l’électricité et les combustibles ». À eux seuls, ils ont représenté 73,6 % de l’inflation mensuelle et 77,6 % de l’inflation annuelle en décembre. En rythme annuel, le logement affiche encore 40,5 %, tandis que l’alimentation s’établit à 26,2 %.
Derrière ces chiffres, les causes diffèrent. L’insécurité persistante, la perte de contrôle de certains quartiers stratégiques et la fermeture d’entreprises, notamment celles industrielles, ont perturbé la production et la distribution, pesant sur l’offre locale. Les blocages intermittents des axes routiers interdépartementaux ont, eux aussi, renchéri les circuits d’approvisionnement. En revanche, pour le logement, la pression provient surtout de la perte de contrôle de certains quartiers et de l’insécurité généralisée, qui raréfient l’offre locative dans les zones encore accessibles et renchérissent les loyers.
D’autres divisions montrent des rythmes plus modérés. Les restaurants enregistrent une inflation annuelle de 27,9 %, les biens et services divers de 19,8 %, tandis que l’enseignement se limite à 4,5 %. En variation mensuelle, la santé progresse de 0,9 % et les articles d’habillement de 0,7 %. Ces chiffres traduisent un ralentissement relatif dans plusieurs segments, mais les dépenses essentielles, à savoir se loger et se nourrir, continuent d’exercer la pression principale sur le budget des ménages.
Produits locaux, importations et disparités régionales
La décélération touche à la fois les produits locaux et importés. En variation annuelle, l’inflation des produits locaux est passée de 30,7 % en novembre à 27,3 % en décembre. Celle des produits importés s’établit à 21,5 %, en recul de 3,3 points de pourcentage. Le ralentissement concerne donc également les pressions venues de l’extérieur.
Sur le plan régional, les tensions se sont atténuées partout, mais à des niveaux encore élevés. En décembre 2025, l’inflation annuelle s’établit à 25,7 % dans l’Aire métropolitaine, 26,0 % dans le Reste Ouest, 22,4 % dans le Nord, 24,5 % dans le Sud et 25,0 % dans la zone Transversale.
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Les facteurs explicatifs : change, transferts et régulation
La Banque centrale résume le diagnostic en une phrase : « La décélération de l’inflation mensuelle observée en décembre 2025 s’explique par un ensemble de facteurs conjoncturels et structurels. » La résorption progressive des aléas enregistrés les mois précédents a favorisé une meilleure disponibilité de certains produits alimentaires sur le marché local. Ce rééquilibrage de l’offre explique, en partie, le ralentissement observé en fin de trimestre fiscal – un apaisement encore conjoncturel.
À cela s’ajoutent des facteurs externes et monétaires. L’évolution modérée des prix internationaux a limité les pressions importées, tandis que la stabilité relative de la gourde face au dollar a contribué à contenir les tensions. Cette stabilité est soutenue par le dynamisme des transferts privés et par les mesures de régulation du marché des changes mises en œuvre par la Banque de la République d’Haïti. La BRH apparaît ainsi comme un acteur central dans l’orientation de la trajectoire actuelle.
La BRH parie sur la poursuite de la tendance
Les projections officielles anticipent une poursuite graduelle de la décélération. L’inflation annuelle serait ramenée à 23,6 % en janvier 2026, 22,4 % en février et 21,1 % en mars, avec un rythme mensuel attendu autour de 1 %. La trajectoire projetée suggère un ajustement progressif plutôt qu’un retournement brutal.
Reste la question de la soutenabilité. L’économie demeure fortement dépendante des transferts privés, sensible aux variations des prix internationaux et structurellement exposée au poids du logement dans le panier de consommation. Autrement dit, le répit est réel, mais fragile – conditionné à des équilibres monétaires et extérieurs qui dépassent le seul cadre domestique.
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