Au lendemain de l’indépendance d’Haïti, le pouvoir central éprouvait une difficulté à occuper, contrôler et organiser l’État et le territoire haïtien. C’est le résultat de deux corollaires : Le régionalisme et le militarisme, qui à eux deux, ont pratiquement façonné et caractérisé le pouvoir haïtien jusqu’en 1913. En effet, jusqu’à cette date, tous les chefs d’État haïtiens étaient des généraux. Et, des 26 chefs d’État qui dirigèrent le pays de 1804 à 1915, seulement 2 étaient originaires de Port-au-Prince.
Le régionalisme et le militarisme : un héritage colonial
Le régionalisme et le militarisme représentaient des séquelles de l’État colonial français, qui avaient modelé l’État Louverturien et qui influaient considérablement sur l’organisation politico-administrative de l’État postcolonial haïtien. Les notables régionaux et les commandants d’arrondissements exerçaient une influence considérable sur le pouvoir central, constituant des pouvoirs régionaux quasi autonomes. Ces potentats militaires profitaient généralement des situations de tensions sociales, de crises économiques et financières et de troubles politiques, pour assiéger la capitale et s’emparer du pouvoir. L’alternance politique dans ce cas de figure se faisait par le coup d’État, voire l’assassinat généralement, qui engendra des crises plongeant le pays dans un imbroglio politique.
Une telle situation précédant et/ou suivant le coup d’État ou l’assassinat, engendrait le marasme économique et financier provoquant une situation de tensions sociopolitiques explosive. Et là, les généraux et leurs alliés en profitaient pour donner libre cours à leur ambition de pouvoir. D’où l’institutionnalisation du « brigandage politique », faisant de la souveraineté interne et externe de l’État haïtien une notion vide de sens. Ainsi, dictatures, jacqueries, insurrections, ingouvernabilité, instabilité, anarchie et guerres civiles, sont autant de catégories qui exprimaient des conjonctures antérieures ou postérieures à une crise.
Même les périodes de relative stabilité peuvent être qualifiées de périodes d’« équilibre instable », puisque la période qui s’écoulait entre deux crises était seulement le laps de temps nécessaire à l’éclatement de l’autre.
Fin de l’illusion souveraine externe
La fin de l’illusion de la souveraineté interne et externe de l’État haïtien débuta pleinement sous le gouvernement de Geffrard en 1861, lorsque le général Santana avait renoncé à l’indépendance de son pays, la République Dominicaine au profit du protectorat espagnol, le 18 mars 1861. Le président, qui devint capitaine général, avait permis l’établissement d’une puissance étrangère dans l’autre partie de l’île. La présence de l’Espagne mit en péril la souveraineté externe d’Haïti. À partir de là, les alliances entre les factions de l’élite politique, les commerçants consignataires et certaines missions diplomatiques ont permis la participation directe d’une puissance étrangère dans un conflit armé sur le territoire haïtien.
L’ingérence international débute à cette période avec l’incident Rubalcava qui montra clairement que l’État ne pouvait pas faire face à une agression externe d’envergure, car il ne disposait pas des moyens militaires adéquats et ne pouvait non plus compter sur la protection d’une puissance alliée.
Dans ce cas de figure, les croiseurs anglais Bull-Dog – à bord duquel se trouvait personnellement le consul anglais Spencer Saint-John et Galatea, bombardèrent le 9 novembre 1865 la ville du Cap-Haïtien, assaillie par terre par le président Geffrard à la tête de ses troupes pour mater Sylvain Salnave et de Demesvar Delorme, qui était à bord de l’USS DeSoto, navire américain.
Ensuite, les intérêts des commerçants-consignataires européens, leurs réclamations pour être dédommagés au cours des guerres civiles et les démonstrations de force navale de leur pays d’origine, avaient porté certains dirigeants à rechercher le soutien actif des États-Unis d’Amérique. En ce sens, pour ces commerçants, les émeutes populaires, les incendies, les insurrections et les guerres civiles étaient très lucratifs. C’est pourquoi l’international les finançaient, et avaient avantage dans les situations de crise. Dans la guerre civile de 1888-1889, la France était ouvertement en faveur du général Légitime, tandis que les États-Unis d’Amérique soutenaient fermement le général Hyppolite au Cap-Haïtien.
En suivant cette situation, M. Pascal rapporta, le 1er octobre 1896, cette déclaration surprenante : « J’ai moi-même entendu un des hommes politiques les plus en vue du pays, M. Tancrède Auguste, dernier ministre de l’Intérieur d’Hyppolite, s’exprimer à peu près ainsi : « Nous devons fatalement tomber entre les mains des Américains ; autant s’y résoudre tout de suite. Nous pourrons peut-être tenir encore une dizaine d’années, mais à quoi bon prolonger notre agonie ? » La prophétie d’Omer Cavé ne fit que confirmer le point de vue de Tancrède Auguste, futur président d’Haïti (8 août 1912 – 2 mai 1913) : « En courant à la ruine comme nous y courons, dans cinq ou dix ans, l’heure fatale aura sonné ! Ce jour-là, le peuple haïtien sera traité comme sont traités les fils de famille débauchés : on lui donnera un conseil judiciaire, et ce conseil judiciaire, ce sera les commissaires étrangers qui s’empareront de nos douanes et viendront se payer les valeurs que vous leur devez ».
L’occupation Américaine préméditée
Sous le gouvernement de Geffrard, 1859-1867 – qui dut faire face à 13 insurrections armées, dont certaines d’une très grande ampleur – la fragilisation du monopole de la contrainte physique légitime se précisa davantage, pour atteindre son acmé sous la présidence de Sylvain Salnave, dont les trois années de règne furent trois ans de guerre civile (1867-1869), qui conduisirent à la partition du pays en trois États. Ce processus de fragilisation allait se poursuivre tout au long du XIXe siècle pour déboucher sur une situation d’instabilité chronique qui devait préluder à l’effondrement de l’État haïtien en 1915. Ces climats d’anarchie et de chaos généralisé étaient tel que les marines américaines débarquèrent en Haïti dans l’après-midi du 28 juillet.
Cette occupation, survenue pendant que l’Europe s’entre-déchirait, met en évidence aussi une situation géopolitique des États-Unis d’Amérique. Dans les paragraphes précédents, on a cité l’Espagne, l’Angleterre et la France, qui tous, faisaient face à un moment donné au pays de l’Oncle Sam dans la question de domination des pays de la région. A travers cette occupation, c’était là le passage de la prépondérance européenne à la prépondérance américaine. Sauveur Pierre Étienne dans « l’Enigme haïtienne » nous propose, vis-à-vis de cette situation de renoncer au concept d’État moderne souverain quand on parle de l’État haïtien à compter de cette dite période. Il souligne dans ce livre qu’il est impossible d’isoler les conflits internes des conflits externes que sont les guerres entre les grandes puissances du XVIIe au XXe siècle, et donc nous fait comprendre que la situation locale dépendra toujours et découlera aussi toujours du contexte international et de sa politique du moment et vis-à-vis à eux même et vis-à-vis a nous-même.
L’ingérence dans la politique haïtienne : un héritage endémique
Dans les premières analyses, on a démontré que l’armée était particulièrement l’acteur clé de la politique haïtienne ; l’international n’a fait que la canaliser et la soumettre à son chevet et ainsi avec la main mise qu’elles avaient sur l’armée, il leur était facilement possible de garder et contrôler le pouvoir. Les pouvoirs de Vincent et de Lescot démontraient davantage l’influence internationale sur notre politique, se rangeant aux côtés du président qu’il choisissait jusqu’à la fin de son mandat ou qu’il soit décrié. Ainsi, elles ont supporté la Constitution à dérive autoritaire de Vincent, ont choisi Lescot comme président et l’ont soutenu jusqu’à ce qu’il subisse le courroux du peuple après 5 jours de grève et sans perdre une seconde, l’armée intervenait pour s’accaparer du pouvoir, organiser les élections afin d’intégrer l’autre poulain de l’international.
Cela s’est répétée avec Estimé, avec Magloire qui par ailleurs était un général, avec les Duvalier, avec Lesly François Manigat et Aristide (1er mandat). Les mêmes chansons ont continué à se répéter, et cela a été même flagrant lors de l’élection de Michel Joseph Martelly, réalisé dans des conditions où les séquelles du tremblement de terre du 12 Janvier 2010 faisait toujours rage. Lors des premiers résultats du premier tour qui s’annonçaient déjà entre 10h et 11h du matin, organisé le 28 Novembre 2010, mettant en avant Myrlande Manigat et Jude Celestin, une grande réunion s’était tout de suite tenue entre le Core Group ainsi que les représentants de l’OEA, l’ONU et l’EU, dans laquelle s’est incrusté le premier ministre Jean Max Bellerive, afin de prononcer la non reconnaissance des résultats et préparer une éventuelle démission et exil du président Préval, qui ne s’était pas laissé faire d’ailleurs, disant au représentant de l’OEA que ce qu’il compte lui faire n’est qu’un kidnapping et non un coup d’état. Le Core Group et ses alliés contestaient ce résultat car leur favori n’était pas l’un des deux premiers, auquel Préval avait d’abord répliqué que s’ils n’allaient pas accepter le choix du peuple, pourquoi organiser des élections, pour finir par dire que quel que soit le candidat qui passe, il passe, une façon de dire qu’ils peuvent mettre qui ils veulent.
À l’heure actuelle, Haïti, la Première République Noire, est sujette à l’ingérence internationale et sa souveraineté est quasi-inexistante. Le Conseil Présidentiel de Transition (CPT) est d’ailleurs le fruit de cet héritage politique. Et face à l’extension de la mondialisation et au déclin de la société, plus particulièrement la politique haïtienne, peut-on espérer s’en sortir ? Seule l’histoire pourra nous le dire.














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