Très chers lecteurs,
Cette semaine, je me suis demandé ce que je pouvais vous apporter. La Saint-Valentin approche, et je sais que vous êtes nombreux à espérer quelque chose de spécial de la part de vos partenaires. Je pensais vous écrire un article sur l’amour et la fête des amoureux, mais comme toujours, mes écrits se nourrissent de ce que je vois au quotidien. Et cette semaine, j’ai été témoin d’une mère qui disait à sa fille de 15 ans qu’elle ne serait jamais rien d’autre qu’une “p****n”. Cela m’a poussée à partager avec vous l’histoire d’Anita, pour montrer aux parents l’impact que leurs mots peuvent avoir sur la vie de leurs enfants.
Est-ce à moi, une vieille femme, de vous parler de courage ? Comment pourrais-je vous en parler, alors que je n’en ai jamais eu moi-même ? J’ai passé ma vie à fuir, mais rassurez-vous, je ne suis pas une criminelle. Je fuyais par peur. C’est étrange, mais je vais vous avouer quelque chose : j’ai peur des hommes. Vous allez probablement me demander pourquoi, ou si j’ai été victime d’une agression. Mais ce n’est ni l’un ni l’autre. Ma peur est simplement née de mon rapport aux relations amoureuses. J’ai fait tout ce que je pouvais pour être repoussante aux yeux des hommes. Mais pour comprendre cela, il faut que je vous raconte mon histoire.
Tout a commencé quand j’avais 5 ans. Ma sœur aînée a quitté la maison parce que mes parents n’aimaient pas ses fréquentations. Elle traînait souvent avec des garçons que ma mère considérait tous comme des voyous. Je ne me souviens pas de son départ, mais je me souviens très bien de la tristesse qui envahissait notre famille, surtout celle de ma mère. Elle était tellement dévastée qu’elle a maudit le nom de ma sœur et interdit qu’on parle d’elle à la maison. “Célia” était devenu un mot tabou.
Plus tard, on a commencé à dire que je ressemblais à ma sœur, et cela a fait écho dans ma famille. Ma mère, influencée par les rumeurs, a fini par me traiter comme elle traitait Célia. Je suis passée du statut de “chouchou” à celui de “brebis galeuse”. Mon frère et ma mère me détestaient, et je subissais des coups et des insultes. Ma mère m’appelait “Célia”, et je ne comprenais pas pourquoi. Je n’avais pas cette ressemblance et je me demandais pourquoi elle agissait ainsi.
Les choses se sont aggravées quand ma sœur est tombée enceinte d’un homme que ma mère détestait. Cet homme a été tué avant la naissance de l’enfant, et cela a été une catastrophe pour mes parents. Pour une famille haïtienne, c’était une honte. Ma mère a alors décidé de me répéter constamment que je finirais comme ma sœur : sans mari, enceinte, et passant ma vie à me coucher à droite et à gauche.
De mes 12 à mes 18 ans, ma vie a été un enchaînement de coups et de mots cruels. Si je m’habillais trop bien, ma mère me battait en me disant que je cherchais des hommes. Si je tardais à rentrer, elle m’accusait de traîner dans la rue. Si j’avais de mauvaises notes, elle me frappait, pensant que je cherchais les hommes et non l’école. À force d’être comparée à ma sœur, je me détestais. Et à force de me détester, j’ai tout fait pour devenir invisible aux yeux des autres.
Je suis devenue agressive, je ne sortais plus de ma chambre sauf pour aller à l’école, je m’habillais mal et me négligeais physiquement. C’était ma façon de m’éloigner des hommes. Plus j’étais invisible, plus ma mère me laissait tranquille. J’étais seule avec mes peurs et mes frustrations. Mon père, toujours absent à cause de son travail, ne savait rien de ce que je vivais.
Je voulais avoir un copain, mais j’avais peur. La voix de ma mère résonnait toujours dans ma tête. Si je fréquentais un homme, je finirais comme ma sœur. Je n’ai jamais osé franchir le pas. Et même quand j’ai eu mon bac, le soulagement de l’avoir obtenu n’a pas effacé mes peurs. Je me suis isolée, encore plus que jamais.
Malgré tout, j’ai essayé. J’ai eu quelques rencards, mais dès que la relation devenait sérieuse, je partais en courant. Je n’arrivais pas à être intime avec un homme. J’ai sombré dans une solitude sans fin, sans savoir comment m’en sortir.
Un jour, un homme gentil m’a approchée, il a respecté mes limites. Mais lorsque nous nous sommes retrouvés seuls, tout s’est effondré. Je n’ai pas pu aller jusqu’au bout. Les paroles de ma mère ont envahi mon esprit, et je l’ai laissé partir sans rien dire. Je ne l’ai pas regretté. J’étais soulagée de m’être débarrassée de lui.
Aujourd’hui, je me déteste un peu. Je me déteste de ne pas avoir eu le courage de vivre ma propre vie, de ne pas avoir défendu mes choix, de ne pas avoir osé être heureuse. Comme dans la chanson de Soprano, je fais semblant. Mais la solitude me ronge.
J’aurais aimé être comme Célia. Elle, au moins, a eu le courage de vivre sa vie, de prendre ses décisions. Moi, je me suis perdue en essayant de prouver à ma mère que j’étais différente. À force de vouloir prouver quelque chose, je me suis oubliée.
Je ne sais pas si j’ai quelque chose à vous apprendre, car je n’ai pas su trouver le courage moi-même. Peut-être qu’un jour, je réussirai à reconstruire ce qui a été brisé, mais pour l’instant, je suis juste une femme perdue, qui a peur de se reconstruire.
Chers parents, sans le savoir, vos mots peuvent laisser des cicatrices indélébiles sur le cœur de vos enfants. Mes perles rares, apprenez à mesurer l’impact de vos paroles. Elles peuvent façonner des vies, pour le meilleur ou pour le pire. Offrez des mots qui construisent, qui rassurent, qui inspirent. Car au final, c’est l’amour que vous semez qui fleurira dans leur existence.
Votre Chroniqueuse,














Très beau texte💥
Merci beaucoup
Bravo waw 😍 beau txt
J’ai lu ce text en retard mais, je l’ aprécie beacoup car je me retrouve la de dans et je me souvien de ma mère qui me disait : ” tu ne seras jamais rien” sans savoir pourquoi mais, Dieu est grand, plain d’amour et de compassion pour ses enfants négligés et mal menés. Moi aussi j’ai peur des hommes bien que moi, que je suis marier et j’ai 3 fils mais je suis toujours seule avec mes chagrins et je vis ma solitude loins de tout et de tous.