Le 13 avril 2026, Tatiana Auguste remportait l’élection partielle dans la circonscription québécoise de Terrebonne. À 25 ans, née à Port-au-Prince, elle siège désormais à Ottawa. Son parcours dit quelque chose que les statistiques sur la diaspora ne disent pas.
Tatiana Auguste est née en 2001 à Port-au-Prince. On ne sait pas exactement à quel moment elle a quitté Haïti, ni dans quelles circonstances sa famille a posé ses valises au Québec. Ce qu’on sait, c’est qu’elle a grandi dans la région de Montréal, qu’elle s’est engagée tôt dans la vie publique et qu’elle n’a pas attendu d’avoir fait ses preuves ailleurs pour se présenter là où ça compte.
Elle participe au conseil d’administration de la Télévision communautaire Frontenac, où elle joue un rôle déterminant pour empêcher la fermeture d’un télédiffuseur qui existait depuis plus de 30 ans. Ce n’est pas un détail. C’est un choix. Défendre un media communautaire francophone dans une banlieue québécoise quand on s’appelle Auguste et qu’on est née à Port-au-Prince, c’est une manière de dire qu’on est ici, qu’on construit ici, qu’on appartient ici.
Son parcours professionnel la conduit ensuite à travailler à la Fédération des chambres de commerce du Québec comme conseillère en commerce électronique, puis comme attachée politique auprès du député libéral Emmanuel Dubourg. Deux expériences très différentes, mais complémentaires : l’une dans le monde économique, l’autre au cœur de la machine politique. Elle apprend les deux langages.
Une victoire qui n’a pas été donnée
L’histoire électorale de Tatiana Auguste est, en soi, un roman politique.
Aux élections fédérales de 2025, elle est d’abord donnée élue avec 35 voix d’avance. Un nouveau décompte est ordonné. C’est ensuite son adversaire du Bloc québécois, Nathalie Sinclair-Desgagné, qui est déclarée réélue par 44 voix d’avance. La Cour supérieure du Québec maintient l’élection en octobre 2025. Mais la Cour suprême du Canada renverse cette décision le 13 février 2026 et annule le scrutin.
Une année entière de procédures judiciaires. Une victoire, puis une défaite, puis une annulation. Et malgré tout, le 13 avril 2026, Tatiana Auguste remporte l’élection partielle avec 48,4 % des voix et 731 votes d’avance sur Sinclair-Desgagné. Dix points de plus qu’en 2025. Les électeurs de Terrebonne avaient eu le temps de la connaître. Ils ont choisi de la reconduire.
Ce que ça dit de la diaspora haïtienne
Il serait trop simple de résumer cette histoire à une victoire identitaire. Tatiana Auguste n’a pas gagné Terrebonne parce qu’elle est haïtienne. Elle a gagné parce qu’elle a fait campagne, parce qu’elle a été présente, parce qu’elle a proposé des réponses concrètes sur le logement, le coût de la vie, la francophonie.
Mais le fait qu’une femme née à Port-au-Prince en 2001 siège aujourd’hui au Parlement fédéral canadien dit quelque chose d’important sur ce que la diaspora haïtienne construit, silencieusement, dans ses pays d’adoption. Elle a œuvré à la protection et à la promotion de la langue française à titre de vice-présidente de la Section canadienne de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie, défendant ainsi un héritage linguistique partagé entre Haïti et le Québec que peu de politiciens incarnent aussi naturellement.
La première génération de la diaspora haïtienne a survécu. La deuxième a construit. Tatiana Auguste est de ceux qui gouvernent. Ce n’est pas un symbole. C’est une réalité politique que ni Ottawa ni Port-au-Prince ne devraient se permettre d’ignorer.










